La bravour des étudiants patriotes face à l'occupant

« Étudiant de France !
le 11 novembre est resté pour toi jour de
Fête nationale
Malgré l’ordre des autorités opprimantes, il sera
Jour de recueillement.
Tu n’assisteras à aucun cours.
Tu iras honorer le Soldat Inconnu, 17 h 30
Le 11 novembre 1918 fut le jour d’une grande victoire.
Le 11 novembre 1940 sera le signal d’une plus grande encore
Tous les étudiants sont solidaires pour que
Vive la France !
Recopie ces lignes et diffuse-les »

Appel à manifester, diffusé parmi les étudiants parisiens sur des feuilles de cahier, novembre 1940

L’Histoire de France est un arbre d’où jaillissent les fruits du passé. Si certains d’entre eux sont délicieux, d’autres laissent une saveur particulièrement amère. Car l’Histoire n’est pas que victoire : elle est parfois défaite, et l’année 1940 fut particulièrement difficile pour la France. La chute de Paris, puis les espoirs détruits, fauchés par cette poignée de main de malheur. Vingt-deux ans après la fin de la première grande guerre, les rêves d’une France victorieuse s’étaient écroulés sous le poids de la bêtise. Les cris de joie résonnaient comme un lointain souvenir, remplacés par le silence oppressant du défaitisme. Pourtant, dans ce froid glaçant de l’automne 1940, il y eut des jours lumineux, des jours à la chaleur si rayonnante qu’ils réchauffèrent les cœurs : des jours comme le 11 novembre.

Depuis 1920, la célébration de la victoire française a une dimension presque sacrée. Le souvenir des anciens, de ces humbles soldats qui ont sacrifié leur sang pour nous, sans rien demander en retour. Jamais ils ne seront oubliés, car leur mémoire est un devoir, leur héroïsme désintéressé, dénué de tout intérêt matériel, sera pour toujours une inspiration à la grandeur. Et peu importe que Paris soit occupé ou non, l’hommage se tiendra dans la clandestinité s’il le faut. Voilà la mentalité des jeunes étudiants parisiens en ce début de novembre 1940. Ces jeunes, insufflés par l’esprit de la patrie, debout et droits, s’élevant au-dessus de cette boue putride vomie par Vichy. Car les artisans de la collaboration et de la “révolution prétendue nationale”, par soumission et par lâcheté, avaient arbitrairement déplacé la commémoration au 1er novembre. Ils interdirent tout rassemblement le 11, prétextant qu’on ne pouvait fêter une défaite de l’occupant. Se donner bonne image devant Hitler était, à leurs yeux, plus important que d'honorer les fils de France tombés au front. Ils ont caché, honteusement, la mémoire de nos soldats dans des monuments aux morts, alors qu’il fallait les célébrer dans des monuments de la Victoire. Mais heureusement, face à eux, face à tous ces politiciens noircis par la collaboration, il y avait une jeunesse ardente, toujours prête à brandir le drapeau même quand il est souillé.

Dans les jours précédant la date du 11 novembre, les étudiants parisiens se passent le mot. Ils souhaitent organiser une manifestation, malgré la prohibition des autorités. Les risques sont énormes, tout cela pour un acte purement symbolique. Savaient-ils de quoi les nazis étaient capables ? Savaient-ils que défier Hitler et ses valets se paie par le sang et la douleur ? La raison hurlait à l’imprudence, à la totale inconscience face au danger. Défiler devant l’occupant, c’était de la pure folie ! Mais le cœur intrépide n’en avait que faire des avertissements de la raison : l’appel de la patrie était bien plus fort, bien plus puissant que n’importe lequel de ces calculs logiques !

Le soir venu, 17h, 3 000 lycéens et étudiants se rendent devant la tombe du Soldat inconnu. Le sang chaud battant de stress, la jeunesse indomptable brave tous les risques pour la gloire de la nation. Et c’est au chant de la Marseillaise, au cri de « Vive la France ! » et « Vive de Gaulle ! » qu’elle honore le pays. Car parmi les manifestants, parmi ces résistants de la première heure, nombreux étaient des nationalistes qui sentaient la menace pesant sur la patrie. Les premiers à rejoindre de Gaulle quand l’armée est tombée, ce furent les ligueurs nationalistes, de l’Action française notamment, ceux-là même que l’on aurait aujourd’hui traités d’un air méprisant d’extrême ou d’ultra-droite. Ce mensonge médiatique, parfaitement gauchiste, consistant à dire que « l’extrême droite » est collaboratrice, est d’une hypocrisie sans nom, particulièrement quand on connaît l’inaction du parti communiste en 1940, allié aux nazis par le pacte germano-soviétique. Il leur est facile d’évoquer la « divine surprise » d’un Maurras de plus en plus sénile, mais il leur est bien plus dur de mentionner l’engagement d’une large partie de l’AF au sein de la Résistance [1]. D’ailleurs, le mot d’ordre du parti communiste clandestin, en ce 11 novembre 1940, était de ne pas se rendre à la manifestation, pour raison de sécurité… [2][3]. Il est regrettable que ces communistes tentent aujourd’hui de réécrire l’histoire, de s’approprier l’événement pour gommer toutes traces d’implication patriote.

Ajoutons qu’André Pertuzio, l'un des organisateurs de la manifestation, n’a jamais cessé de rétablir les faits. Ces précieux témoignages démontrent des détournements réalisés a posteriori. Ce qui a poussé les étudiants à désobéir à l’autorité, c’était le chagrin et la colère.[4] Chagrin de voir une France vaincue et agonisante, puis colère contre ceux qui en ont profité sur son dos. Deux sentiments tout à fait naturels pour quelqu’un aimant sincèrement sa patrie. Le mythe d’un rassemblement idéologique, mené pour les droits de l’homme ou la démocratie, est une construction bien tardive…

L’audace a un prix. Défiler à la gloire du général de Gaulle, puis déposer une gerbe de fleurs en forme de croix de Lorraine n’était sans doute pas du goût des Allemands. Et ils le firent bien comprendre. La répression de ce premier acte de résistance, pourtant inoffensif, a été d’une disproportion aberrante. Les universités furent immédiatement fermées, leurs recteurs révoqués. Les étudiants devaient se rendre quotidiennement au commissariat. En plus des quelques blessés, l’armée allemande, aidée par les traîtres de Vichy, arrêta plusieurs milliers de jeunes dans les semaines qui suivirent. Des étudiants jetés en prison, déportés, car leur courage inébranlable a frappé de peur les occupants. Certains parlent même de fusillades… Ils nous ont offert leurs vies… 

En ce 11 novembre 2025, souvenons-nous non seulement des poilus… mais aussi des étudiants patriotes de 1940, qui jamais n’ont tremblé à saluer la mémoire des héros. Leurs sacrifices étaient la poussière, l’étincelle qui, malgré sa petite taille, éveilla la flamme de la Résistance. Alors nous aussi, embrassons le flambeau. Luttons contre l’oppression anti-nationale avec courage ! Car nos actions, aussi modestes soient-elles, sont les premières braises qui raviveront le feu de la patrie. 

Gloire à qui tombera ! 

Julien M. B.

 

[1] imineo Documentaires. Quand l’extrême-droite résistait, 1939-1945. 2023. YouTube, https://www.youtube.com/watch?v=GIZFK-i6whc.

[2] Mot d’ordre qui ne fut par ailleurs pas respecté par tous les communistes.

[3] Monchablon, Alain. « La manifestation à l’Étoile du 11 novembre 1940:Histoire et mémoires ». Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 110, no 2, avril 2011, p. 6781. shs.cairn.info, https://doi.org/10.3917/ving.110.0067.

[4 ] https://youtu.be/oslIWGy7fAo?si=YSkVpcxJA1cKMXzs