La nuit noire : dix ans après, comment le 13 novembre a changé la France…
Première partie : Le choc
13 novembre 2015. Ce soir-là, Paris s’enivrait d’une froideur automnale sans éclat et de cette insouciance trompeuse propre aux soirées ordinaires. Nul ne pressentait encore que, dans l’ombre, la nuit s’apprêtait à engloutir la lumière, que le silence se briserait sous le tumulte, et que le destin de la France basculerait.
21h 20. Le premier commando terroriste passe à l’action. Au Stade de France, une détonation se fraie un chemin entre les cris des supporters français et allemands qui savourent le match de football. Une seconde détonation retentit, plus sourde, plus proche, plus inquiétante encore. S’agit-il d’un simple pétard ? Patrice Évra, défenseur latéral gauche de l’équipe de France remarque et fait signe qu’une anomalie se produit. Au total, trois kamikazes se feront exploser aux abords du stade. Le Président de la République, présent dans les tribunes, est aussitôt évacué. Bilan : 4 morts dont 3 terroristes.
Cet évènement ne fut que le prélude d’une nuit d’horreur, durant laquelle une poignée de bourreaux islamistes, impitoyables et cruels, feront frémir la capitale. Après le stade de France, la foudre des « soldats d’Allah » va s’abattre sur toute une série de lieux parisiens et atteindre le symbole de cette tuerie de masse : le Bataclan. Tandis que les sirènes s’éveillent à Saint-Denis, un second commando, armé et déterminé, s’apprête à semer la mort au cœur de la capitale. Les terrasses s’embrasent et les victimes s’accumulent : Le Petit Cambodge, Le Carillon, La Belle Équipe, Le Comptoir Voltaire, La Casa Nostra. Autant de lieux de vie devenus cibles du néant. Les appels affluent vers les urgences et les forces de l’ordre, pareils à un torrent en furie tandis que les cris de détresse se noient dans cette multitude de supplications. Bilan : 39 morts.
Au même moment, le troisième commando fait irruption au Bataclan. Le paroxysme de cette tragédie atteint cette salle de concert où 1 500 personnes profitent de la musique du groupe de rock Eagles Of Death Metal. Les assaillants, lourdement armés, pénètrent dans la salle et ouvrent le feu sans sommation. Les balles fauchent les corps au rythme d’une folie meurtrière. L’instinct primaire s’empare des âmes qui, en ces instants extraordinaires, se révèlent, laissant place à des actes parfois héroïques. Les destins furent si nombreux et différents qu’il est impossible de décrire de manière exhaustive le déroulement de cette scène sanglante. Une prise d’otage ajoute à cette tuerie de masse une autre abomination. En dépit de l’efficacité remarquable de la BRI qui parvient à sauver l’ensemble des otages, un goût de défaite s’installe inévitablement. Pour les victimes et les forces de sécurité, il n’y eut pas d’image plus atroce que cette foule de corps jonchant le sol, les téléphones vibrants, sans réponse, le sang, les pleurs, les impacts de kalachnikov… Bilan : 92 morts.
De « ville lumière », Paris devient ville où l’enfer s’est déchaîné le temps d’une soirée où chaque instant semblait une éternité. Bilan : 132 morts. 413 blessés. Une Nation endeuillée. François Hollande, en prenant l’initiative de s’adresser aux Français déclare l’État d’urgence sécuritaire et la fermeture des frontières. Mais il est trop tard, le poison s’est propagé, il a frappé au cœur, et rien n’a pu l’empêcher. Seul reste, désormais, l’après.
Seconde partie : L’après
Dix ans se sont écoulés. La France n’est plus la même. Des générations ont été marquées au fer rouge par cet évènement, à l’instar des précédentes avec les attentats du 11 septembre 2001. Nous sommes cette génération. Nés entre 2002 et 2007, nous avions entre 8 et 13 ans lorsque l’impensable s’est produit. Nous sommes la génération du plan Vigipirate. Nous sommes la génération des sacs ouverts à l’entrée des écoles et des sentinelles dans les rues. Nous sommes la génération qui a grandi avec les images du sang, les assauts filmés des forces de sécurité et les visages sans humanité des terroristes traqués ou bien déjà morts.
La nuit noire ne s’est pas dissipée : elle a simplement appris à cohabiter avec le jour. Pourtant, nul débat n’est consacré à cette problématique, pas plus que l’élection présidentielle ne l’est. Nous voilà face à la guerre la plus meurtrière menée contre la France sur son sol au XXIe siècle. Une guerre idéologique et politique avant d’être un mode d’action : le terrorisme. Il ne s’agit plus seulement de « lutter contre le terrorisme », car cela revient à se battre contre le moyen, et non la cause. Comment peut-on espérer éradiquer un arbre nocif sans s’attaquer à ses racines ? Les attentats du 13 novembre ne sont que l’incarnation paroxystique de ce conflit politico-religieux auquel nous assistons.
La France s’est regardée dans le miroir de sa vulnérabilité, et n’a pas su tout de suite quoi répondre. Nous étions un peuple d’habitude, et soudain, tout devenait fragile : un concert, une terrasse, un rire partagé. La guerre était de retour sur le sol de France. Ce conflit d’une autre nature venait heurter l’édifice d’une République déjà fatiguée et apathique. Et pourtant. Pourtant, la France n’a pas eu d’autre choix que de se relever. Le temps a fait ce qu’il fait toujours en ces moments atroces : il a continué. Malgré l’odeur du sang et de la poudre, malgré les images ignobles et les bruits assourdissants, les survivants doivent retrouver goût à la vie, après avoir effleuré la mort. Les cicatrices ne saignent plus, mais elles sont encore visibles. Comme tout un corps fragilisé, la société, comme un seul homme, s’en est trouvée heurtée.
Cette guerre menée par un islam qui se repaît d’une stratégie de dissimulation (taqiyya), ainsi que le démontre l’action des Frères musulmans ou des EMF (Étudiants musulmans de France) et ce, avec la complicité et la duplicité d’une extrême gauche toujours prompte à dénoncer les inégalités et les discriminations, sauf lorsque celles-ci émanent de sa forme la plus féroce et primaire en France et en Europe : l’islam. Non, l’islam n’est pas une victime du dévoiement de son message par une poignée d’islamistes que l’on se plaît à qualifier d’extrémistes, d’intégristes ou de rigoristes. Le terrorisme se trouve dans la Lettre même du Coran. L’islam est un Univers à lui seul, antagoniste au nôtre. Cette « religion totalitaire » aurait dit Raymond Aron est fondée sur une Nation (Oumma), un code juridico-politique (Charia) et une orthopraxie rigide. Elle est aussi une religion de la Soumission à Dieu et d’une triple inégalité stricte entre les hommes et les femmes, entre les hommes libres et les esclaves, entre les croyants et les « mécréants ».
En définitive, cette tragédie appelle deux enseignements fondamentaux. D’abord, la maîtrise des flux migratoires est un impératif catégorique. La fermeture des frontières ordonnée par le Président de la République à la suite des attentats n’est pas un hasard. La menace terroriste étant transnationale, il est certain que l’existence de frontières poreuses entre les États européens facilite l’infiltration sur notre territoire des réseaux islamistes. Ensuite, la dimension géopolitique du conflit ne doit pas être oubliée. Cette guerre ne se limite pas au territoire français mais puise ses sources aux confins de l’Asie et du Moyen-Orient. Les attentats coordonnés du 13 novembre 2015 apparaissent comme l’exemple le plus emblématique de la capacité de projection de l’État Islamique à partir du Levant. L’évolution profonde des formes du terrorisme islamiste se manifeste aujourd’hui par une double menace d’origine endogène, qualifiée par la DGSE d’« active » ou d’« inspirée ». La première forme repose sur la mise en relation directe de combattants expérimentés avec des individus présents sur le territoire national. La seconde, de loin la plus importante, révèle l’émergence d’acteurs souvent isolés, qui s’imprègnent des idéologies et des codes du terrorisme pour les reproduire de manière autonome.
Des années après la nuit noire, les bancs des tribunaux parisiens se sont remplis de visages fatigués. Les procès se sont tenus, telles des tentatives de nommer l’innommable et de donner un sens à l’insensé. Les victimes ont livré leur récit de cette soirée cauchemardesque et de la mémoire douloureuse qui en demeure. La presse, la politique, l’art, la littérature, le cinéma se sont saisis de la nuit du 13 novembre 2015. Ces attaques se sont inscrites comme le symbole ultime de la résilience d’une Nation qui ne plie jamais, qui ne baisse jamais les yeux, et qui ne cède jamais, en dépit de l’ampleur des atrocités et des menaces qui guettent toujours la France. Pour ainsi dire, le 13 novembre n’est plus simplement le jour de commémoration consacré aux victimes des attentats… il est désormais le jour qui a changé éternellement la France.
Sasha L-M
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