Jean-Marie Le Pen : Un an après sa disparition, une plaie toujours béante mais un héritage vivant

 

Le Pen, monument incontournable de la IVᵉ et Vᵉ République. Il suffisait de se pencher sur son nom pour y lire son destin. « Le Pen », « le chef » en breton. Comment ne pas lui reconnaître ce talent immense ? Cette posture a fait de lui le chef de file du nationalisme français pendant plus de quarante ans. Avec cette prestance, cette voix, cette envergure, on le pensait immortel !

 

Tout ce courage, cette énergie inépuisable dont il n’a jamais manqué, même après sa quatre-vingt-dixième bougie, était impressionnant. C’était la bête noire dont le simple nom suffisait à faire trembler la majorité des politiciens modernes, plus préoccupés du menu de la cantine que du sort tragique de la France. Heureusement qu’il était là, s’acharnant à rappeler qu’il existait encore des hommes politiques dignes en France.

Avec une telle puissance d’âme, une telle vigueur, on aurait pu le croire debout pour encore dix, quinze, vingt ans. Mais le sort ultime de l’Homme est inévitable, et l’heure fatale a sonné. Jean-Marie Le Pen s’est éteint le 7 janvier 2025, à l’âge très honorable de 96 ans. Il aura eu droit à une vie longue, très agitée certes, souvent difficile, mais avant tout riche, et inspirante. Et après tant d’efforts et de luttes, plus que toute âme, il mérite le repos éternel.

La mort frappe toujours au mauvais moment. Il est si dommage, si frustrant, et finalement si triste que Jean-Marie nous quitte alors que son parti était si proche de la victoire. Alors que lui se battait dans les années 1970, avec quelques pauvres dixièmes de pour-cent...aujourd'hui voir le RN devenir la première force parlementaire : il n’y avait sûrement pas meilleure revanche à son âge. Et même si ses mots étaient parfois durs envers les héritiers du Front, il était évident  qu’il nourrissait une certaine fierté. Disons qu’il était fier à sa manière. 

Peu importe son image sulfureuse, Jean-Marie Le Pen mérite un hommage pour tout ce qu’il a construit. Nous le ferons, non seulement car nous refusons la soumission à la bien-pensance gauchiste, mais surtout car nous sommes infiniment reconnaissants à Jean Marie Le Pen, celui qui avait tout vu avant les autres, et avait eu le courage de dénoncer les dangers de l’immigration de masse. 

C’est au cours des années 1950 qu’il se révèle pour la première fois. Élu député de la Seine [1], à une époque bien lointaine, où Paris était encore aux mains des nationalistes, il devient le plus jeune député de la IVᵉ République. Sa fougue et sa vivacité se font remarquer. En effet, les bagarres militantes lui coûtent l’œil gauche. Le Pen n’a jamais hésité à se défendre face aux attaques adverses. Désormais, cache-œil autour de la tête, ses ennemis l’appellent « Le Borgne ». Mais les insultes et les bagarres ne sont pas encore les menaces les plus graves auxquelles  Jean-Marie Le Pen devra faire face.

Dans les années 1960, Le Pen devient éditeur de disques. Sa spécialité : les documents historiques, les chants militaires et les discours. Il gagne ainsi son pain en vendant des disques de tous bords politiques. C’est dans ce contexte que surgit le premier pseudo-argument visant à salir l’image du Menhir : Le Pen cautionnerait le nazisme puisqu’il vendait des documents historiques sur le Troisième Reich. Un « argument » utilisé contre lui de son vivant et encore repris aujourd’hui, malgré sa stupidité absolue. Si l’on reprend ce raisonnement absurde et ridicule, cela reviendrait à dire que tous les historiens ou professeurs donnant un cours sur la Seconde Guerre mondiale sont nazis, car ils montrent des documents sur l’empire allemand. Un argument d’autant plus ridicule que Le Pen  (et il le faisait systématiquement remarquer à ses détracteurs) a également vendu des disques sur Lénine et l’Armée rouge. Pourtant, on n’a jamais entendu dire que Le Pen était communiste ! D’ailleurs, à la bande d’imbéciles qui accuse la famille Le Pen d’être collabo, il faut rappeler que le nom Le Pen est inscrit sur le monument aux morts de la Trinité sur Mer [2]. La diffamation constante est quelque chose de dur à vivre. Mais le Menhir avait les épaules suffisamment solides pour les encaisser toute sa vie durant.

À la fin des années 1960, Le Pen est en retrait médiatique. Mais ce retrait n’est que temporaire. Quelques années plus tard, il fonde, avec plusieurs groupes nationalistes, ce qui allait devenir, cinquante ans après, le premier parti de France. Voilà donc la naissance du Front National, où tous les patriotes étaient les bienvenus pour faire front commun face à une situation d'urgence. En effet, la droite nationale s’était effondrée sous le poids de Mai 68. C’était soit l’union soit la destruction de ce qu’il restait de la droite nationale.

Le Front National remit ainsi la colle entre les morceaux éparpillés. Au moment où tout allait au plus mal, JeanMarie Le Pen tira le camp national hors des sables mouvants. Comme un défibrillateur, il redonna vie au cœur du mouvement.

La première décennie ne fut pas la plus facile. Les résultats électoraux de Le Pen et du Front sont médiocres, voire franchement désastreux. Mais la course est injuste : le Menhir ne bénéficie pas du même traitement que les autres politiciens. L’espace médiatique est entièrement verrouillé aux idées nationales et Le Pen, malgré son talent de tribun, ne peut pas parler aux foules. C’est le « cordon sanitaire », terme méprisant qui nous réduit à de simples parasites à éliminer. Rapidement, les hostilités montent contre les militants du Front National. La violence se déchaîne. 

En 1976, un attentat vise la famille Le Pen. 

Vingt kilos d’explosifs sont placés au logement familial. L’appartement, ainsi qu’une large portion de l’immeuble, sont détruits. Heureusement, grâce à une particularité architecturale, aucun mort n’est à déplorer. L’attentat passe quasiment inaperçu dans les médias ; pire encore, il est parfois minimisé. Un comité antifasciste revendique l’attaque [3][4] - comme quoi, leur violence ne date pas d’hier... 

Ces lâches n’ont pas hésité à risquer la vie de petites filles - la jeune Marine avait alors huit ans - pour combattre un pseudo-fascisme fantasmé. Mais malgré ce torrent de haine gauchiste, le Menhir ne fléchit pas. Il a un combat à mener pour sauver son pays ; la mort ne lui fait pas peur. Comment ne pas admirer ce courage, cette force vitale ? Tous ces efforts consentis en pleine traversée du désert, alors que tout espoir semblait perdu. Difficile de garder le moral dans de telles circonstances, d’autant plus que, deux ans plus tard, en 1978, la mort frappe à la porte du parti. Après Le Pen, c’est au tour de François Duprat, idéologue et numéro deux du FN, de subir un attentat. Il n’en sortira pas vivant [5].

Le Front national compte son premier martyr. On découvre aux funérailles de Duprat une nouvelle facette de Jean-Marie Le Pen. La coque du Menhir se fissure : c’est l’une des rares fois où on le verra ému devant une caméra. Lui qui semblait indestructible montre, pour la première fois, un signe de faiblesse. Car malgré ce courage, malgré toutes les campagnes de haine qui tenteront de le faire passer pour le diable, Le Pen reste un homme. L’assassinat de ses militants, de ses amis, de sa famille choisie, marque une limite à son inflexibilité. Et toutes ces décennies de déshumanisation de la part de nos adversaires n’effaceront jamais cette réalité. Voilà la véritable haine : nous faire passer pour des monstres sans âme afin de justifier notre mort. 

Ils sont prêts à diffamer, à mentir, pour qu’on périsse, parce qu’ils nous haïssent du plus profond d’eux-mêmes. Mais jamais on cédera. On résistera, comme Le Pen a résisté aux attaques tout au long de sa vie.

Si les années 70 furent difficiles, la décennie 80 marque un tournant. Les patriotes virent enfin le bout du désert. Le Pen, lassé par le cordon sanitaire, écrivit une lettre au président Mitterrand. On vivait alors à une époque où la politique ne pouvait pas se faire sans passer par la télévision. Or ce cordon empêchait toute prise de conscience, tout sursaut identitaire. Mitterrand répondit favorablement et, grâce à cet acte lucide et honorable du président, le Menhir fit ses premières apparitions médiatisées. Les Français purent enfin découvrir la bête politique. C’est sur l’émission populaire L’Heure de Vérité qu’il démontra toute l’étendue de son talent. Les journalistes, soucieux de prouver leur vertu, transformèrent l’émission en un véritable tribunal. Évidemment, Le Pen n’eut droit à aucun traitement équitable : chaque intervention sur le plateau se muait en flot d’accusations. Tous contre un pour abattre la bête. Mais ils n’avaient pas affaire à n’importe qui. L’éloquence et le charisme du Menhir les firent tomber un à un. Plus on l’attaquait, plus il se renforçait. Et à force de réparties implacables, il démonta le discours dominant. « Je demande une minute de silence à la mémoire des dizaines de millions d’hommes qui sont tombés victimes des dictatures communistes et des goulags ! » Ce jour-là fut une victoire totale. Les adhésions au FN explosèrent ; Le Pen devint une figure incontournable.

Dans la foulée, les élections européennes de 1984 démontrèrent cette percée : le FN remporte sa première victoire. Pour la première fois, des membres du Front rejoignent le Parlement. Deux ans plus tard, c’est au tour des législatives. Nouvelle victoire historique du parti qui accède enfin à l’Assemblée Nationale. Le Pen, l’orateur, a transformé le micro-parti d’opposition extra-parlementaire en acteur central de la vie politique française. Mais il ne se contente pas uniquement du parlementarisme, il investit également la rue. Ainsi, pour briser le monopole de la gauche, le Front et l’ensemble des patriotes français défilèrent chaque 1er mai, pour rendre hommage à Jeanne d’Arc. Des milliers de Français participèrent chaque année : Le Pen c’était un mobilisateur, un pôle de ralliement.

2002. L’heure est aux présidentielles. Le Pen, à la surprise générale, atteint le second tour; la gauche est éliminée. La poussée est fulgurante. Il s'ensuit une immense campagne de diabolisation. C’est la génération « la jeunesse emmerde le Front National ». Étrangement, de nombreux jeunes anti-FN du début des années 2000 votent aujourd’hui pour le RN... Le grand crime de Jean-Marie Le Pen était probablement d’avoir raison trop tôt.

Dès 1985, il disait déjà : “Je suis le Chef des Indiens” d’Amérique d’Europe. Et les Indiens vivent aujourd’hui dans des réserves, comme des invités dans leur propre pays. Le Pen refusait que les autochtones de France se fassent submerger et se laissent enfermer dans des réserves…

 

Aujourd’hui, même après sa mort, son aura plane encore au-dessus des consciences. Comment le décès d’un homme, pourtant retiré de la vie politique depuis déjà six ans, peut-il engendrer autant de joie dans les milieux gauchistes ? Tout simplement parce que Le Pen n’est plus seulement un homme : il est aussi un symbole. Le symbole d’une France qui refuse de laisser faire, qui préfère vivre plutôt que mourir. Dommage pour la gauche : l’homme meurt, mais les idées restent. Et puis, voir cette bande de petits bourgeois fêter sa mort… il doit bien se marrer de là-haut.

L’héritage du Menhir  est riche de leçons pour nous, jeunes militants. Tout d’abord, Le Pen, c’était un caractère : le caractère d’un véritable chef. Il n’était pas de ceux qui cherchent à tout prix à être lisses ; il savait faire face à la machine médiatique. Ce qui doit également nous inspirer, c’est son courage, sa capacité à se jeter dans la bataille pour défendre son honneur. Et c’est probablement ce qui fait le plus défaut à notre époque. « La première usine qu’il faut faire en France, c’est une usine à couilles ! », disait-il à juste titre. Enfin, il nous faut nous imprégner de son mental d’acier, de sa capacité d’endurance face aux menaces et à la haine. Sans cela, difficile de tenir bon, tant l’hostilité envers les patriotes grandit.

Un an après, la plaie se referme,
Mais la cicatrice reste toujours la même.
Il est dommage que les plus jeunes, les plus tardifs,
N’aient pu rencontrer l’homme au courage massif.

Sa force persiste et nous garde debout,
Elle nourrit nos esprits, et défie les fous.
Insupportable à nos ennemis obstinés,
Ils profanèrent sa croix qui fut fracassée.

La rage de ces faibles, nous fait sourire,
Elle trahit le désespoir qui les inspire.
Peu importe leurs coups, chaque sept janvier,
Le tombeau des Le Pen sera fleuri, honoré.

Nous commémorons, non pour verser des pleurs,
Mais parce que ton souvenir nous donne force et honneur.
Repose-toi bien, jamais on ne t'oubliera,
Nous continuerons pour toujours le combat.

Julien-M. Bruyères

 

[1] Ancien département contenant Paris et sa proche banlieue

[2] à la Trinité-sur-Mer, pour Jean Le Pen, le père de Jean-Marie.

[3] Un "comité anti-fasciste" revendique l’attentat contre le domicile de m. Le Pen. (1976a, novembre https://www.lemonde.fr/archives/article/1976/11/04/un-comite-anti-fasciste-revendique-l-attentat-contre-le-domicile-de-m-le-pen_2947500_1819218.html

[4] Les auteurs de l’attentat n’ont jamais été arrêtés 

[5] C’est à nouveau un attentat à la bombe, les auteurs ne sont pas retrouvés ou arrêtés