Le repas à 1€ pour tous les étudiants, une fausse bonne idée ?
Ça y est, le repas généralisé à 1€ dans les restaurants Crous sera progressivement appliqué à partir de ce lundi 4 mai pour un déploiement total en septembre.
Si la présidente des Cnous a assuré qu’il n’y aura pas de baisse de qualité des repas[1], les maigres financements de cette nouvelle mesure ne laissent que peu d’optimisme quant à sa réussite : pour les étudiants cela se traduira inévitablement par moins de choix et une baisse de la qualité du service à prévoir.
Alors que cette diminution de choix et de qualité pourrait se justifier pour les étudiants non-boursiers voyant leur coût divisé par 3, cela fait reposer la charge de cette mesure sur les étudiants boursiers, dont le repas est parfois leur seul repas équilibré de la journée.
Sous couvert d'équité, la justice sociale est mise à mal par le manque de financement de cette mesure.
En effet, le communiqué de presse du réseau Crous du 15 avril 2026 n’annonce que deux aides financières pour soutenir la mesure : 50 millions d’euros investis par le ministère de l’éducation[2] (devant soi-disant compenser intégralement le passage du repas à 1€, faisant craindre le pire concernant la qualité du service) et 5 millions d’euros issus de la loi finances 2026[3]. Des efforts financiers ridicules face aux défis qui attendent les Crous.
Cependant, le manque de moyens en l’état pour assurer la mise en œuvre de cette mesure ne sont pas les seules inquiétudes des étudiants. En plus d’un recrutement de 204 agents Crous supplémentaires[4] alourdissant la facture, cette mesure peut mettre en péril la qualité de la restauration : des aliments de moindre qualité, moins de choix, un engorgement des restaurants déjà saturés par une hausse prévisible de la fréquentation, des économies réalisées sur d’autres secteurs d’activité des Crous…autant d’équations aux multiples inconnues à réaliser pour le service public.
Des restaurants universitaires déjà saturés
C’est une constante : la fréquentation des restaurants du réseau Crous est en hausse continue. En 2023, le nombre de repas servis à 1€ augmentait de 15.4% par rapport à 2022 et de 10.6% pour les repas à 3.30€. Un total correspondant à 340 000 repas supplémentaires. En 2024, une hausse de 8% des fréquentations s’ajoutait pour atteindre un total de 46 707 657[5] repas vendus.
Si nous constatons une forte hausse de la fréquentation des restaurants, il est alors à prévoir une hausse encore plus importante avec la mise en place du repas à 1€ pour tous. Nous ne connaissons que trop bien les files d’attentes interminables contraignant parfois à renoncer de déjeuner pour éviter d’être en retard en cours. Nous savons, dès lors, que la situation ne fera qu’empirer. La hausse de la fréquentation d’un pourcentage plus élevé que les autres années laisse également à craindre une surcharge de travail pour le personnel devant maintenir une cadence élevée.
Comble de l’histoire et montrant indéniablement leur lucidité sur leurs propres erreurs, afin d’anticiper le chahut qu’engendrera cette nouveauté, les Crous prévoient des dépenses additionnelles en l’emploi de médiateurs pour « pour fluidifier les passages et désamorcer les tensions »[6]. De quoi profiter d’un espace de restauration des plus apaisés.
Une baisse de la qualité du service à craindre
Le réseau Crous est déjà accablé de contraintes de normes limitant son action.
Avec le repas à 1€, cela ne fera que s’aggraver.
Par exemple, le rapport annuel du Crous de 2023[7], publié en 2024, déplore une hausse significative du coût des denrées alimentaires et des hausses tarifaires. Celle-ci est aggravée par des contraintes législatives, dont la loi Egalim pointée du doigt dans le rapport. Cette loi adoptée en 2018 vise notamment à garantir la rémunération des industriels en limitant les baisses de prix d’achats. Bien que cette législation plusieurs fois mise à jour tente de réguler les rapports entre la restauration collective et les producteurs locaux, il est indéniable que la mainmise des industriels amène une augmentation des coûts d’achats des denrées alimentaires que les Crous ne peuvent répercuter sur le prix des repas. La généralisation des circuits courts pour l’approvisionnement des restaurants Crous s’avère donc une nécessité. pour lutter contre les lobbys agro-alimentaires.
Concrètement pour les étudiants, cette même loi Egalim impose l’ajout de plats végétariens, à chaque service, que les restaurants ne peuvent supprimer. Avec la généralisation du repas à 1€, les directions de plusieurs Crous prévoient déjà de diminuer le choix des repas proposés afin de réduire les charges. Cela entraîne également une multiplication des plats de basses qualité nutritionnelle comme les pâtes, peu couteuses et végétariennes. Les étudiants boursiers payant déjà ce même prix pour leurs repas ne verront alors qu’une dégradation de leurs repas sans aucun bénéfice amené par cette mesure. Finalement, moins d’entrées, moins de plats et moins de desserts pour conserver une mesure démagogique uniquement justifiée par l’effet d’annonce d’un repas à 1€ cachant en réalité une détérioration de la restauration universitaire.
Une autre solution juste et soutenable est possible
Nos solutions sont claires : ramener le prix du repas à 2€ pour les étudiants non- boursiers, sortir de la dépendance industrielle de l’agro-alimentaire et diminuer drastiquement les dépenses liées à l’immigration étudiante, dont le coût net par an dépasse la milliard d’euros. Il est aussi nécessaire d’accorder une plus grande place aux circuits courts et à la promotion du localisme dans les repas des restaurants Crous, d’ouvrir plus tôt les restaurants pour désengorger les files d’attentes et de généraliser le repas à emporter.
[1] Communiqué de presse des Crous du 24 février 2026 : https://www.lescrous.fr/2026/02/repas- a-1-euro-pour-tous/
[2] Communiqué de presse du ministre de l’Éducation Nationale du 12/02/26 : https:// www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/repas-1-euro-dans-les-restaurants-universitaires- une-mesure-au-service-du-pouvoir-d-achat-des-100930
[3] Communiqué de presse des Crous du 15 avril 2026 : https://www.lescrous.fr/2026/04/le-repas- a-1-euro-pour-tous-les-etudiants-deploye-a-partir-du-4-mai-2026/
[4] Ibid.
[5] Dont 24 952 428 repas servis à 1€ et 21 754 229 repas à 3,30€. Rapport 2024 d’activité des oeuvres universitaires et scolaires : https://www.lescrous.fr/rapport/rapport-dactivite-2024/
[6] Communiqué de presse du 15 avril 2026 : https://www.lescrous.fr/2026/04/le-repas-a-1-euro- pour-tous-les-etudiants-deploye-a-partir-du-4-mai-2026/
[7] Rapport 2023 d’activité des oeuvres universitaires et scolaires : https://www.lescrous.fr/rapport/ rapport-dactivite-2023/
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