Noël à l’université, la tradition flamande du Krambambuli
Avec l’arrivée de décembre, nous atteignons peu à peu un moment charnière de l’année. Les jours se raccourcissent et le temps semble ralentir. Le moment de faire ses adieux à l’année écoulée et d’accueillir la nouvelle année qui s’impose… mais pas pour les étudiants flamands. Pour eux, décembre est le mois durant lequel les derniers travaux doivent être remis et où des chapitres entiers doivent être mémorisés par cœur. En effet, non seulement la nouvelle année, mais aussi les examens de janvier se profilent déjà à l’horizon.
Avant de se plonger dans les livres qu’il a, évidemment, laissés intacts sur son kot (chambre d’étudiant) depuis septembre, l’étudiant tente encore de tirer une dernière once de convivialité de ce mois d’hiver. Il peut boire de la bière aussi bien en été qu’en hiver, qu’il fasse beau ou non, mais mais en cette période cette boisson ne semble apporter que peu de réconfort. Le vin, lui non plus, ne le séduit guère en cette période. Non, en décembre, l’étudiant flamand ne désire qu’une seule chose : un verre de Crambambuli bien chaud.
Dans cet article, nous ferons découvrir le nom de cette boisson estudiantine ainsi que le chant qui lui est associé, et nous verrons comment le Nationalistische Studentenvereniging, mouvement étudiant nationaliste flamand, (NSV!) perpétue la tradition du Crambambuli.
Le nom
Le Crambambuli était à l’origine une boisson à base d’eau-de-vie et de baies de genièvre, produite par la distillerie et fabrique de liqueurs Der Lachs à Dantzig. Ambrosius Vermeulen, fondateur de la distillerie en 1598, était originaire de la Hollande méridionale. Der Lachs acquit rapidement une renommée internationale grâce à cet exquis breuvage. Un nom comme Ambrosius pouvait-il d’ailleurs être plus approprié pour le brassage la boisson digne des dieux qu'est le Crambambuli ?
Quant à son étymologie, aucune certitude n’existe. Plusieurs chercheurs l’expliquent comme une composition du mot « Kranewitt » (un autre terme pour « Wachholder », c’est-à-dire le genièvre) et du mot argotique « Blamb », signifiant alcool. À partir du XIXᵉ siècle, dans les associations étudiantes allemandes, le terme Crambambuli fut également utilisé pour désigner le vin chaud et d’autres boissons à base de vin. C’est ainsi que le nom fut repris pour ce que l’on appelle une Feuerzangenbowle, comparable à un punch chaud.

Le Crambambuli que nous préparons chaque année au sein du NSV! se rapproche donc davantage du vin chaud que du genièvre brassé à Dantzig. Il n’en demeure pas moins un moment fort important de notre vie étudiante. Quelques cônes de sucre sont placés sur une grille, arrosés de rhum Strohrum puis enflammés. Le sucre fondu, incandescent et violacé, s’écoule dans une immense marmite, où il se mêle à un mélange de vin rouge, de genièvre, de clous de girofle et d’oranges ou d’autres fruits. Aux Pays-Bas et en Angleterre, certaines recettes ajoutent également des œufs à la préparation. Le résultat est non seulement savoureux et sucré, mais aussi particulièrement trompeur : un verre de trop peut rapidement entraîner à une sévère et non désirée gueule de bois !
Le chant
Sous le pseudonyme de Crescentius Koromandel, un certain Christoph Friedrich Wedekind publia en 1745 une première version du chant, suivie d’une seconde version en 1747, comprenant pas moins de 102 strophes. Der Krambambulist. Ein Lob-Gedicht über die gebrannten Wasser im Lachs zu Dantzig devint rapidement un chant populaire et un hymne estudiantin apprécié. Il fut par la suite élargi, adapté et abrégé par de nombreux étudiants.
Dire que le chant original est un véritable poème élogieux consacré à la boisson de Dantzig n’a rien d’exagéré : les liqueurs françaises et anglaises ne seraient que gaspillage d’argent, et le chocolat chaud, le vin et la limonade seraient réservés aux faibles. Même la bière brune n’est pas à privilégier, car elle ne ferait qu’engraisser. Selon le chant, le Crambambuli était honoré du Pérou à l’Inde, et du Mississippi en Amérique jusqu’aux muftis d’Arabie. Si Homère, Catulle et Ovide vivaient encore, ils écriraient tous sur cette boisson divine.
À l’instar de la boisson elle-même, le chant connut une large renommée internationale. On en trouve des traductions en russe, estonien, letton, lituanien, finnois, hongrois, néerlandais et anglais. Puisqu’il existe également une traduction française, les étudiants de la Cocarde Etudiante pourraient donc, sans grande difficulté, faire revivre la tradition du Crambambuli !
En Flandre, nous chantons souvent ce chant lors de nos Cantus, mais également lorsque nous préparons le Crambambuli avec le NSV!. Nous entonnons toujours la première strophe au moment où le sucre s’embrase et s’écoule dans la préparation. Après avoir chanté le chant du Crambambuli, les premiers verres sont alors remplis et bus à petites gorgées, en espérant ne pas s’étrangler avec un clou de girofle.
Le Crambambuli est toutefois bien plus qu’une boisson ou un chant : c’est une tradition estudiantine qui nous relie, en tant qu’Européens, les uns aux autres. Qu’on soit Allemand, Flamand ou Français, nous pouvons tous chanter le chant du Crambambuli dans notre propre langue et, un verre de Crambambuli à la main, porter un toast à la fin du semestre et au début d’une nouvelle année.
Matin et soir je veux remplir
Mon verre de Crambambuli
Crambimbambambuli, Crambambuli !
Brent Van de Winckel
Scriptor NSV! Nationaal 2020–2024
Vice-Praeses NSV! Nationaal 2022–2024
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